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 Arrêt 6B_1360/2023 du 18 septembre 2025

Procédure pénale · Traite des êtres humains ; opportunité du recours (contrat de collecte avec la Poste suisse)

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En bref

Cet arrêt clarifie deux points essentiels pour la pratique du droit en Suisse. Premièrement, il établit qu'une partie qui remet un recours à la Poste dans le cadre d'un contrat de ramassage ("Abholvertrag") ne crée pas une incertitude qui l'obligerait à prouver spontanément et avant l'échéance du délai la remise à temps de son envoi. En cas de doute, le tribunal doit l'inviter à fournir des preuves. Deuxièmement, l'arrêt consolide une interprétation large de la traite d'êtres humains à des fins d'exploitation du travail (art. 182 CP), en conformité avec le droit international. Il précise que l'exploitation va au-delà de simples violations du droit du travail et se caractérise par une situation où la victime est privée de ses droits fondamentaux, notamment par la tromperie, la création d'une dépendance économique et des conditions de vie et de travail dégradantes, sans qu'une privation de liberté physique soit nécessaire.

Faits

Un couple, A.A.________ (l'époux) et B.A.________ (l'épouse), a été accusé d'avoir engagé une ressortissante serbe, C.________ (la partie plaignante), comme employée de maison et nounou de manière illégale. Ils l'ont recrutée via une annonce en ligne en lui promettant un travail léger pour un salaire de 500 CHF par mois, logement et nourriture inclus, ainsi que le remboursement de ses frais de voyage.

En réalité, la partie plaignante a été soumise à des conditions de travail et de vie très difficiles durant deux séjours en 2015 et 2016. Elle travaillait sept jours sur sept, du matin tôt au soir tard, devait dormir sur un matelas par terre dans la chambre des enfants et n'avait aucune sphère privée. Le couple a arbitrairement réduit puis retenu son salaire, et lui a emprunté ses économies sans jamais les rembourser, la plaçant dans une situation de dépendance économique totale. De plus, elle a subi des humiliations, des insultes, des menaces et des violences physiques, ainsi qu'une agression sexuelle de la part de l'époux.

Le tribunal de première instance a condamné le couple notamment pour traite d'êtres humains. En appel, la cour cantonale les a acquittés de cette accusation, considérant que, bien que leur comportement fût "socialement répréhensible" et violait le droit du travail, il n'atteignait pas le seuil de gravité de la traite d'êtres humains. Le Ministère public a recouru contre cet acquittement auprès du Tribunal fédéral.

Droit

Le Tribunal fédéral analyse deux questions principales : la recevabilité du recours (le respect du délai) et le fond de l'affaire (la qualification de traite d'êtres humains).

Recevabilité : la question de la remise à temps d'un recours via un contrat de ramassage postal

Le Tribunal fédéral devait d'abord déterminer si le recours du Ministère public, déposé via un contrat de ramassage avec La Poste Suisse, avait été remis à temps. Le délai expirait le 11 décembre 2023, mais le premier enregistrement postal datait du 12 décembre, créant une présomption de tardiveté (consid. 2.1).

Le Tribunal fédéral saisit cette occasion pour clarifier sa jurisprudence. Il rappelle que la charge de la preuve de la remise à temps incombe à la partie qui recourt (consid. 3.2.2). La question centrale était de savoir si l'utilisation d'un service de ramassage, qui ne garantit pas un horodatage immédiat, crée une "incertitude procédurale" obligeant l'expéditeur à fournir spontanément des preuves de la ponctualité de son envoi, comme c'est le cas pour un dépôt dans une boîte aux lettres après l'heure de la levée (consid. 3.3.1 et 3.4).

Après une consultation de toutes ses cours (art. 23 al. 2 LTF), le Tribunal fédéral tranche cette question par la négative (consid. 3.5). Il établit une distinction claire :

Par conséquent, l'expéditeur n'est pas tenu de fournir spontanément et avant l'échéance du délai des preuves de la remise à temps (consid. 3.6). Si le tribunal a des doutes, il doit accorder à l'expéditeur l'occasion de s'expliquer et de produire des preuves. En l'espèce, le Ministère public a produit une attestation de La Poste confirmant que les colis avaient bien été ramassés le 11 décembre. Le Tribunal fédéral a jugé cette preuve suffisante pour renverser la présomption de tardiveté et a déclaré les recours recevables (consid. 3.7).

Fond : l'analyse de la traite d'êtres humains à des fins d'exploitation du travail (art. 182 CP)

Sur le fond, le Tribunal fédéral juge que la cour cantonale a violé le droit fédéral en acquittant les recourants de l'accusation de traite d'êtres humains. Il développe son raisonnement en s'appuyant fortement sur les définitions et principes du droit international.

1. Une interprétation large et conforme au droit international

Le Tribunal rappelle que l'art. 182 CP doit être interprété à la lumière des instruments internationaux ratifiés par la Suisse, tels que le Protocole de Palerme et la Convention du Conseil de l'Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains (ÜBM), ainsi que de la jurisprudence de la CEDH relative à l'art. 4 CEDH (interdiction du travail forcé) (consid. 4.4.2 et 4.4.3).

2. Les éléments constitutifs de la traite sont réalisés

Le Tribunal analyse les trois éléments de l'infraction (acte, moyen, but) et conclut qu'ils sont tous remplis :

3. L'élément subjectif est rempli

Le Tribunal fédéral conclut que les recourants ont agi intentionnellement (au moins par dol éventuel). Ils ont consciemment trompé la victime et exploité sa vulnérabilité pour obtenir son travail dans des conditions abusives (consid. 4.5.6).

En conséquence, le Tribunal fédéral annule les acquittements et renvoie l'affaire à la cour cantonale pour une nouvelle décision, incluant une condamnation pour traite d'êtres humains et une nouvelle fixation de la peine (consid. 5).

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 Ce résumé est fourni à titre indicatif, sur la base d’une génération automatisée. Il vise à faciliter la compréhension rapide mais ne remplace pas la lecture de l’arrêt complet.